Bhadra’s Kitchen

4 février 2010 par mariewolfrom

Depuis 15 jours, tous les jeudis matins, je file chez Bhadra pour un cours de cuisine indienne. Nous sommes une demi-douzaine en général. Une Suédoise, deux Somaliennes, une Belge, une ou deux Françaises et deux Kenyans (des hommes si si), tous consciencieusement sanglés dans notre tablier, stylo en main pour noter les petits trucs de Bhadra.

Elle est assez impressionnante cette dame. A soixante ans environ, elle tient un magasin de fruits et légumes et de plein d’autres choses (yaourt nature, sauces et chutneys faits maison, plantes aromatiques, accessoires de cuisine, etc..) Tous les jeudis, elle donne aussi des cours de cuisine sur sa véranda, et – à ses heures perdues – prépare des buffets sur commande. Son secret ? Bhadra se lève tous les jours à 3 ou 4 heure du matin et commence sa journée par une bonne heure de yoga. Se lever après 6 heures du matin tient pour elle de l’hérésie. Elle est un puits de science sur les vertus de telle ou telle épice et vante – comme mon pédiatre tient tient – les bienfaits du curcuma, antibiotique naturel (à utiliser en petite quantité toutefois en cuisine car il est amer). Avec ses recettes, Bhadra nous fait aussi découvrir des tas d’ingrédients peu usités chez nous, voir inconnus: le paneer (un fromage indien un peu mastoc mais délicieux dans des samossas), le fenugrec ou methi (dont on utilise les graines mais aussi les feuilles, comme pour le coriandre), le ghee (beurre clarifié) ou le drumstick (légume vert long et très fin dont on ne mange que l’intérieur comme les artichauds).

On se relaie aux casseroles, on goûte, on malaxe la pâte à naan ou chapati, on plie et replie les samossas.  Un vrai régal. Et, à la fin, chacun repart avec un dîner indien pour deux, qui nous nourrit bien tous les quatre !

Invictus

1 février 2010 par mariewolfrom

J’imagine que vous l’avez déjà vu mais pour nous c’est tout nouveau, le film vient de sortir à Nairobi. Etant de grands fans de Clint Eastwood réalisateur (nous avions notamment adoré, Gran Torino et Sur la Route de Madison), nous nous y sommes précipités Boris et moi. Invictus est un très beau film, un hommage inspiré à Nelson Mandela, qui méritait au moins ça.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, le film retrace les tous premiers mois de Mandela président et ses tentatives pour réconcilier un pays déchiré. Entre autres symboles d’unité nationale, il parie sur l’équipe de rugby des Springboks, symbole jusque là haï de l’Apartheid (en 95 année où se situe le film, l’équipe ne compte encore qu’un noir). Cette année là, l’Afrique du sud accueille la coupe du monde de rugby et Mandela rêve d’une victoire du drapeau Arc-en-ciel.

Morgan Freeman campe avec génie un Mandela bouleversant de courage et d’humanité. Matt Damon s’en sort bien avec le rôle plus linéaire du capitaine très blanc très blond de l’équipe sud-africaine. On est souvent ému aux larmes, même par des scènes un peu attendues, comme celle où les joueurs initient au rugby les enfants d’un bidonville. Le film a un côté un peu angélique, mais on passe outre pour toutes ses autres qualités, son souffle, son message humaniste.

Le titre est tiré d’un poème victorien de William Ernest Henley, le préféré de Nelson Mandela, qui le lisait et le relisait pendant sa longue détention à Robben Island. Le poète l’a écrit sur son lit d’hôpital, après avoir été amputé du pied. Le titre latin signifie  »invaincu ou invincible ».

 

  Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be                   
For my unconquerable soul

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow’d.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

 

 

Depuis l’obscurité qui m’envahit,
Noire comme le royaume de l’enfer,
Je remercie les dieux quels qu’ils soient
Pour mon âme indomptable.

Dans l’étreinte féroce des circonstances,
Je n’ai ni bronché ni pleuré
Sous les coups de l’adversité.
Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.

Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
Ne se profile que l’horreur de la nuit.
Et pourtant face à la grande menace
Je me trouve et je reste sans peur.

Peu importe combien le voyage sera dur,
Et combien la liste des châtiments sera lourde,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

Foot toujours…

1 février 2010 par mariewolfrom

Bravo et merci à Yibus d’avoir participé à notre petit quizz footballistique. Avec un demi-succès toutefois: si les Eléphants sont bien les joueurs de Côte d’Ivoire, les Fennecs représentent quant à eux l’Algérie. Et au cas où vous auriez raté le match d’hier soir, sans surprise c’est l’Egypte qui l’a emporté face au Ghana. Il y a tout de même eu un certain suspens puisqu’ils ont marqué le seul but de la rencontre 10 mn seulement avant la fin du match !

Pharaonique !

29 janvier 2010 par mariewolfrom

C’était la fiesta hier soir en Egypte après la victoire des pharaons, surnom des joueurs de l’équipe nationale. Pharaonique  donc, cette victoire de l’Egypte, qui a balayé l’Algérie 4-0 ! Moi, ce que j’aime bien dans le foot, ce n’est pas tant le jeu que les petites histoires autour. Hier, par exemple la demi-finale de la Coupe africaine des nations qui mettait aux prises l’Egypte et l’Algérie n’était pas une simple compétition sportive, non, c’était une cinglante revanche à prendre. C’est en effet l’Algérie qui a sorti l’Egypte des qualificatifs pour la Coupe du monde. Quasi shakespearien non ?

Mes journaux kenyans préférés ne sont pas très up to date aujourd’hui. Ils font leur une sur la victoire du Ghana face au Nigeria (l’autre demi-finale qui s’est jouée juste avant) car au moment du bouclage, ils ne connaissaient pas encore l’issue du second match. Enfin, si vous avez bien lu le post précédent,  le « Standard » avait bien  senti le coup avec son « Qui arrêtera l’Egypte ? ». Personne apparemment. Le Ghana, équipe fétiche du mari de Célestine, aura fort à faire dimanche, jour de la finale. Heureusement, il y a les sites internet. Je suis donc allée surfer un peu pour vous régaler d’une petite revue de presse de mon cru (j’adore lire les articles de foot dans la presse, c’est mieux que les matchs !).

Il y a par exemple, cette délicieuse perfidie du Soleil, grand quotidien sénégalais, sur l’équipe du Nigéria: « Après 2002, 2004 et 2006, les hommes de Amodu, finalistes en 2000 à domicile, doivent donc s’arrêter une nouvelle fois à ce stade du tournoi. Maintenant, ils auront tout le temps pour se dire que s’ils avaient pensé à profiter de leurs joueurs d’expérience un peu plus tôt dans cette Can pour produire un jeu plus attrayant, ils seraient à la place de leur adversaire ». Ou, plus classique, ce réquisitoire du Figaro contre l’arbitrage du match Egypte/Algérie: « La prestation de M.Koffi Kodja Bonaventure fait peine à voir (…) Ce jeudi à Benguela, le Béninois a une nouvelle fois confirmé sa réputation d’arbitre dépassé. Un penalty litigieux, un rouge infligé à Halliche suite à des réclamations égyptiennes ou encore un manque de pédagogie en fin de rencontre, décidant d’expulser Chaouchi pour une petite semelle. L’Algérie peut enrager ».

Pour finir, un petit quizz: Vous connaissez les Pharaons égyptiens et les Lions camerounais, mais qui sont les Fennecs et les Eléphants ? (trop facile pour Christophe, du service des sports de l’AFP, qui n’a pas le droit de jouer..)

African cup

27 janvier 2010 par mariewolfrom

Ca a commencé par une remarque anodine de Clara, hier, à l’heure du déjeuner: c’est normal qu’il y ait un monsieur qui dorme sur notre terrasse ? Un peu interloquée, je vais voir. Effectivement, l’ouvrier venu réparer notre parquet gondolé est affalé en travers de la porte-fenêtre, dormant du sommeil du juste. A mes côtés, Célestine rigole: « en ce moment tous les hommes sont épuisés, ils regardent le football jusque tard dans la nuit ».

 La compétition du moment, c’est  la Coupe africaine des nations, très suivie par les Kenyans, même s’ils sont d’ordinaire plus passionnés par le championnat anglais (Tadju est un fan de Manchester City). Dimanche et lundi se jouaient les quarts de finale, retransmis par la chaîne publique KBC jusqu’à deux heures du matin. Quand on sait que les journées commencent très tôt ici, il y a de quoi être épuisé !

Comme pendant la Coupe du monde, ces matchs très suivis peuvent provoquer des tensions familiales. Célestine par exemple ne raterait pour rien au monde un épisode de son soap opera brésilien: « Storm over paradise » (le titre est trop beau en anglais pour que je le dénature par une bête traduction), diffusé tous les soirs à 20h05 pétantes par la chaîne privée Citizen. Coupe d’Afrique des nations ou pas. Elle a donc trouvé la parade: une toute petite télé qui lui permet de ne rien rater des derniers rebondissements de sa série préférée pendant que son mari s’enflamme pour les exploits de son  équipe favorite, celle du Ghana.

Jeudi, c’est les demi-finales. Le Ghana affrontera le Nigeria et l’Egypte l’Algérie, son grand rival, dans un match à haute tension. Pour l’instant l’Egypte, tenante du titre, fait figure de grande favorite de la compétition. En quart de finale elle a  battu les vaillants lions camerounais, 3-1, au terme d’un match acharné qui a duré plus de deux heures. Alors,   »Qui arrêtera l’Egypte ? », s’interrogeait ce matin le journal kenyan « The Standard ». L’Algérie ? Réponse jeudi soir…

Courant alternatif

25 janvier 2010 par mariewolfrom

Je vous ai déjà parlé des pannes de courant à Nairobi. A notre arrivée, en août, l’électricité était rationnée pour cause de sécheresse. Un jour sur deux, l’électricité était coupée de 9h à 17h environ. Elle revenait en général à la tombée de la nuit, juste à temps pour préparer le dîner. Il y avait aussi quelques coupures surprises, mais elles étaient rares.

Depuis la mi-octobre et la petite saison des pluies, il n’y a officiellement plus de pénurie et donc plus de coupures programmées… mais en revanche, les pannes sont assez fréquentes. Je vous en parle ce matin parce qu’hier soir, au moment fatidique bain-des-enfants-préparation-du-dîner, toc, plus d’électricité. On s’en rend tout de suite compte car on entend un petit bip, signal de la mise en route de notre « inverter » (je crois qu’en bon français ça se dit accumulateur). Cette précieuse machine nous permet en cas de coupure d’avoir de l’éclairage — ce qui est bien agréable – mais c’est tout. Rien de ce qui est branché, four, frigo, bouilloire, micro-onde, chauffe-eau, télé, ordinateur… ne fonctionne. Dans ces cas là, on oublie le bain et, faute de four, on fait du riz ou des pâtes. Parfois, l’électricité revient mais très faiblement. Et là, l’inverter n’y comprend plus rien et refuse obstinément de fonctionner. Ces pannes peuvent durer des heures et sont pénibles pour ceux qui n’ont pas de système alternatif, ce qui est le cas de beaucoup de nos voisins. Alors les soirs de pannes finissent souvent en pasta partie à la maison. Et Joseph va se coucher avec une (ou deux !) lampes de poche, histoire de faire face à une éventuelle panne (de courant et d’inverter, ça arrive) pendant la nuit !

Nos aventuriers

24 janvier 2010 par mariewolfrom

Back from Tsavo,  couverts de poussière des pieds à la tête (c’est difficile à voir sur la photo, mais Boris est rentré avec les cheveux ROUX, une curiosité…) Je rassure tout de suite Xavier, cet engin N’EST PAS notre nouvelle voiture, mais un véhicule loué pour l’occasion. Ce qui n’a pas empêché Boris de crever et donc de devoir changer la roue en pleine réserve,  juste après avoir croisé un éléphant fort belliqueux…

Tsavo

21 janvier 2010 par mariewolfrom

Quand on pense réserves au Kenya, ce sont les noms de Masaï Mara ou d’Amboseli – les plus célèbres - qui viennent tout de suite à l’esprit.  Mais, je l’ai découvert depuis mon arrivée, il y a bien d’autres parcs nationaux ici, dont celui de Tsavo, à 250 km au sud-est de Nairobi, où Boris et Joseph ont passé le week-end dernier avec des amis. Ce parc est si grand qu’il a été divisé en deux, Tsavo ouest et est. C’est Joseph qui devait vous raconter son expédition à Tsavo (ouest) mais rien à faire, depuis le début de la semaine, entre l’école, les goûters chez les copains et les pannes d’internet, on n’arrive pas à trouver un moment. Alors en attendant son récit, je vous livre quelques photos qu’il a prises tout seul comme un grand, pendant que son papa négociait les ornières au volant du 4×4 (ce qui l’amuse beaucoup). Regardez-les bien jusqu’à la dernière, il y a une petite question pour vous à la fin…

Cette grosse bête là, qui a beaucoup impressionné Joseph, on ne l’a pas identifiée. Alors si quelqu’un l’a déjà croisée quelque part…

Trénet revisited

16 janvier 2010 par mariewolfrom

Hier matin, dans une bonne partie d’Afrique de l’est, le soleil avait rendez-vous avec la lune et … la lune était là ! Malgré un ciel voilé, nous avons pu observer une belle éclipse annulaire de soleil. Annulaire parce que si la lune était parfaitement alignée devant le soleil, elle ne le masquait pas entièrement, laissant apparaître un scintillant anneau de feu.

C’est Clara qui l’a vue le mieux, car nous n’avions qu’une paire de lunettes adéquate, dénichée par le super efficace Muema, coursier du bureau de l’AFP à Nairobi. Elle a emmené les lunettes à l’école, et, un peu après huit heures, toute sa classe a pu regarder l’éclipse qui a duré un peu plus de 8 minutes à Nairobi. Joseph, Boris et moi avons du nous contenter d’un bref coup d’oeil à travers une vitre teintée. Beaucoup de Kényans ont observé le phénomène, en utilisant le plus souvent des négatifs photo ou des masques de soudeurs.

Au dessus de l’océan Indien, l’éclipse a été visible pendant 11 minutes et 8 secondes, une durée d’éclipse annulaire qui ne se reproduira pas « avant plus de mille ans (le 23 décembre 3043) », selon le site de la Nasa !

Moins poétique, hier toujours, une manifestation a dégénéré dans le centre de Nairobi, faisant au moins un mort. Des musulmans et des islamistes radicaux y protestaient contre l’arrestation et l’extradition programmée d’un très controversé immam Jamaïcain, Sheikh Abdullah al-Faisal, arrivé en douce à Mombassa. Le Kenya essaie de s’en débarrasser depuis plusieurs jours mais il n’y a pas de vol direct pour la Jamaïque et aucun des pays où il devrait faire escale (Etats-Unis et Grande-Bretagne notamment) n’accepte de lui délivrer de visa de transit. Le gouvernement kényan se retrouve coincé, avec l’ immam sur les bras et des responsables musulmans furieux qui réclament une enquête sur les circonstances de la mort du manifestant.

Polygamie

14 janvier 2010 par mariewolfrom

Je sais, je sais, j’ai du retard mais j’ai des excuses. D’abord lundi et mardi, impossible de me connecter sur internet. Le blocage. Complet. Pour quelle raison ? Mystère. Ca marche, ça ne marche pas. C’est imprévisible et exaspérant. Je place tous mes espoirs dans le nouveau système que nous devrions mettre en place bientôt. Mais pour cela, il faut parvenir à installer une ligne de téléphone fixe. Ce qui n’est pas encore gagné… Hier matin, j’étais bien décidée à m’atteler coûte que coûte à la tâche après avoir lu un article intéressant sur la polygamie (bon sujet pour le blog me suis-je dit) quand j’ai été lâchement terrassée par une gastro-entérite. Je n’ai pas été la seule. Joseph, Clara et aujourd’hui Boris: toute la famille y est passée. Je soupçonne Noé, bien grognon et insomniaque en début de semaine, de nous avoir refilé à tous le vicieux virus. Mais refermons la page du bulletin de santé pour ouvrir celle de la polygamie.

Je suis un peu tombée des nues en lisant tout un article de Daily Nation – mon quotidien kényan préféré – consacré à ce thème. Plusieurs députés et personnalités kényanes – tous polygames revendiqués – y prenaient la défense de Jacob Zuma, le président sud-africain, qui vient de convoler pour la cinquième fois à l’âge de 67 ans. Stacey Thobeka Mabhija, 36 ans, est en fait la troisième femme de Zuma, qui a perdu une de ses épouses et a divorcé d’une autre.

Mariage zoulou pour Zuma. Seule entorse à la tradition: les baskets !

La polygamie est une tradition africaine et nous n’avons pas l’intention d’y renoncer pour plaire aux Occidentaux, plaidaient en substance ses défenseurs, dans une sorte de « coming out » assez inhabituel paraît-il à ce niveau de responsabilité. Cela m’a surprise car dans mon esprit, la polygamie était l’apanage des pays musulmans. Or le Kenya est très largement chrétien (plus de 70% de la population). Et beaucoup d’hommes polygames se disent chrétiens pratiquants. En fait, le débat sur cette question est loin d’être nouveau, il dure depuis l’indépendance (1963). Le premier président du Kenya, Jomo Kenyatta, avait cinq épouses. Actuellement les unions polygames sont reconnues au Kenya par le droit coutumier — elles sont traditionnelles chez certaines ethnies comme les Masaï et les Luo — mais elles ne peuvent être sanctionnées par une union civile. Un projet de loi, la « Marriage Bill 2007″, envisage de légaliser ce type d’union. Une première fois retoqué, il est à nouveau devant le Parlement, qui doit en débattre. Cela promet de belles discussions tant le sujet est délicat. Rares sont les politiques à admettre qu’ils sont polygames, cela pourrait leur coûter le vote de certains électeurs. Fortement soupçonné de bigamie, le président kényan Mwaï Kibaki a convoqué une conférence de presse en mars 2009 (avec sa légitime) pour démentir la rumeur !